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APPRENDRE A MEDITER

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ÊTRE SEUL(E) FACE À SOI-MÊME

Le simple fait de parler de solitude face à soi-même inquiéte parce qu’on méconnaît trop les bénéfices de l’apprivoisement de soi par soi-même. Nicole Fabre, dans “la solitude, ses peines et ses richesses” (Albin Michel, 2004) dit que le terme “seul” est souvent relié aux termes “isolé”, “abandonné”, mais on oublie parfois qu’il peut être relié aussi à “unique” et donc à “singulier”, c’est à dire “différent”. 

On peut alors tout de suite mieux comprendre les richesses qui peuvent découler de la solitude

Il existe une solitude douce est positive qui renvoie la personne dans son jardin intérieur; elle est celle qui permet d’apprivoiser l’étranger qui est en soi et qui amène à devenir le compagnon idéal de soi-même:

A travers la solitude, l’homme perçoit son unicité. La solitude sereine est favorisée par l’introspection, celle dont on a besoin pour puiser des ressources en soi. 

Le souci, comme le dit Jacqueline Kelen dans “l’esprit de solitude” (Editions Broché), c’est que personne depuis notre enfance ne nous apprend à être seul. L’enfant est rarement laissé dans le silence face à lui-même; il apprend alors à être toujours dépendant des autres au travers des notions d’esprit de famille, de camaraderie et n’apprend donc jamais à compter sur lui-même, ni à se connaître ni à se faire confiance. Cet enfant une fois adulte se retrouve démuni et apeuré face à la solitude. Aussi est-ce si important d’apprendre très vite à se relier à soi-même.

Voici comment progressivement y parvenir.

Etape 1

Tout d’abord, en écoutant son métabolisme. Nous sommes tous dotés d’un biorythme qu’il faut apprendre à respecter. On se doit de l’écouter en faisant des pauses au bon moment pour mieux se concentrer sur soi.  Quand, au cours de la journée, on sent le sommeil nous envahir, il ne faut pas constamment chercher à lutter contre lui; au contraire, si l’on apprend à faire une courte sieste dans la journée, on réduit d’autant nos heures de sommeil la nuit, on y gagne en temps, en énergie et en productivité. Car, comme l’affirme Frédéric ploton dans “vive la sieste!” (éditions de l’hèbe), vingt minutes suffisent à se régénérer: dans les moments de fatigue, on est plus à même de s’écouter soi-même en lâchant prise…

 Où que vous soyiez dans la journée après le déjeuner par exemple, prenez l’habitude de vous assoupir: cela peut être chez vous sur le canapé du salon, au bureau sur un siège confortable ou sur un sofa, dans votre voiture sur un parking ou encore dans un parc, si le temps s’y prête. Dans tous les cas, choisissez un endroit confortable et surtout AU CALME!! C’est à dire n’en profitez pas pour mettre de la musique ou la télé en fond sonore. Même si le silence angoisse au premier abord, il est essentiel dans le déroulement des étapes suivantes.

Pour vous retrouver efficacément seul(e) face à vous-même, il faut que vous soyiez dans une ambiance dépourvue de toute pollution sonore . Comme le dit Odile Chabrillac dans “C’est décidé, je pense à moi!” aux Editions Plon, “Tenter de se sevrer de cette agitation-là est un magnifique cadeau à se faire(…) s’offrir pour un temps une plage de silence. Fermer sa porte et ses fenêtres, ne plus y être pour personne, mettre son portable sur messagerie, débrancher la chaîne stereo et la télé. Ne pas parler non plus.”

Etape 2

Surtout NE CULPABILISEZ PAS!! Arrêtez de croire que vingt minutes dans votre journée vous empêchera définitivement de finaliser les tâches que vous avez entreprises dans la journée. Bien au contraire, vous serez gagnant(e) sur la capacité de concentration qui en résultera. Frédéric Ploton dit que “la sieste vous apporte la distance et le détachement nécessaires pour appréhender les situations les plus épineuses”. Justement, abusons-en!

Il est un paradoxe étonnant: alors qu’on n’a jamais tant parlé de se réaliser, se construire et se retrouver, le temps semble manquer sans cesse et un sentiment de trop plein nous assaillit. 

“Pourquoi, dès que je suis seule, je me sens enfermée, et dès que je suis avec d’autres, il me semble que ce sont eux qui m’enferment?” 

La réponse est simple: détournez-vous du regard des autres en   apprenant à vous écouter et en vous offrant du temps pour vous. 

Vous, la mère de famille qui jonglez entre le planning surchargé de vos enfants et l’entretien permanent de la maison, vous avez aussi droit à quelques minutes fondamentales pour recharger vos batteries. Et ce sont vos enfants et votre compagnon qui s’en trouveront recompensés par votre bonne humeur!

Vous êtes chômeur et culpabilisez d’être taxé(e) de fainéant parce que vous lézardez en plein milieu de journée au lieu de rechercher un emploi? Mais c’est justement grâce à ces pauses que vous trouverez l’énergie nécessaire à vos combats! 

Vous êtes salarié(e) et estimez ne pas être en droit de marquer des aménagements de repos dans votre journée, étant déjà débordé(e) et n’ayant pas une minute à perdre pour boucler un dossier? Essayez juste une fois, vous verrez que vous y gagnerez en productivité. Non seulement le travail que vous abatterez ensuite sera décuplé, mais en plus, vous n’aurez plus ces impressions de lourdeur qui vous limitent dans votre réactivité. Vos idées seront beaucoup plus claires, vous saurez orchestrer vos pensées avec beaucoup plus de fluidité . Parce que la sieste favorise l’accession à un véritable état de grâce, vous y prendrez très vite goût…

Alors, allons-y?  C’est parti!

 Étape 3

La méditation est l’art de vous entraîner dans votre itinéraire personnel; celui qui vous renvoie dans votre jardin intérieur, un des biens les plus précieux qui soient sur terre. L’auteur de “la solitude douce amère” de Claude Talec (éditions Bayard) parle de “douceur de vivre”, de “sérénité”, “d’état d’esprit qui favorise la présence à soi, qui permet d’apprivoiser l’étranger en soi et qui amène à devenir le compagnon de soi-même. Il ne s’agit ni de fuite, ni de repli sur soi. Il est simplement question de s’extraire de la course quotidienne pour faire le vide. Talec dit “s’instaurer grand prêtre de soi-même pour faire le vide, au moins de temps en temps, (…) et faire le tri de l’essentiel.”

Pour éveiller la solitude sereine qui génère tant de bien-être, on n’est pas obligé de pratiquer la vraie sieste en sombrant trop directement dans les bras de Morphée. Cela est régénérateur, certes, mais pas prioritaire non plus. Ce qui est fondamental, c’est de savoir se retrouver seul face à soi-même pour se construire, et surtout pour apprendre à amadouer un moment de solitude extrêmement salutaire pour l’esprit même si cet instant a tendance à être redouté.

En partant de l’injonction écrite sur le temple de Delphes que Socrate a reprise “connais-toi toi-même”, on touche là à une des règles élémentaires de la bonne communication aux autres. Tant que l’on est dans le jugement de soi, il est difficile d’inventer une relation simple et joyeuse avec autrui. 

En apprenant à se connaître, on devient soi-même. En devenant soi-même, on devient authentique et en étant authentique, nos rapports aux autres en sont facilités, car sont sains, plus directs, moins stratégiques, plus évidents. Odile Chabrillac a un mot fabuleux à ce sujet: “Il faut renoncer à ce mythe qui veut que l’autre est là pour nous rendre heureux. A partir du moment où l’on commence à réaliser que l’on peut faire soi-même son propre bonheur, dans la détente, l’apaisement, la creation et le lâcher-prise, les attentes que l’on a vis-à-vis d’autrui changent diamétralement. Il n’est plus là pour combler un sentiment de solitude ou de peurs intérieures, mais pour partager ensemble une route, un chemin, une aventure magnifique, celle de nos vies, de nos consciences , de nos âmes…”

L’introspection régulière permet en effet d’apprendre à s’écouter, donc de conserver une distance saine face aux autres, et ainsi de mieux communiquer en s‘ouvrant d’avantage et en se donnant sans conditions. 

Mais attention, là encore, il ne s’agit pas de s’octroyer quelques minutes à soi pour passer au crible ses défauts ou ses qualités, ses bonnes ou ses mauvaises actions des jours passés. Non, non, non: il faut faire en sorte d’aller retrouver loin en soi la petite voix de notre conscience qui nous aide à être en paix avec nous-même, peut-être tout simplement la voix de notre coeur? Nous possédons tous une sagesse intérieure. Nous savons ce qui est fondamentalement juste pour nous, même si nous n’en avons pas conscience.

 Ce n’est pas un exercice forcément évident à pratiquer au départ, cela suppose un peu d’entraînement; Faire taire son mental peut sembler difficile; notre tête nous parle sans arrêt de ce qu’on a fait ou pas, de ce qu’on doit faire, de ce qu’on n’arrive pas à faire. Pour faire taire son mental, Odile Chabrillac préconise de le ramener à sa juste mesure, c’est-à-dire à celui d’outil, important certes, mais non omnipotent.

Une fois débarrassé(e) des parasites de notre mental, la plénitude qui s’ensuit est tellement euphorisante qu’elle vous incitera à réitérer l’exercice.   

Quelques principes de relaxation vous aideront à faire le vide en vous:

Tout d’abord, éteignez votre portable, décrochez votre fixe, mettez une pancarte “ne pas déranger” sur la porte de la salle où vous vous trouvez. (si vous êtes chez vous, demandez à votre foyer de respecter le silence le temps de votre repos) Ensuite, il faut apprendre à respirer! On adopte beaucoup trop facilement des ersatz de la respiration qui ne sont pas celles qui oxygènent correctement l’organisme. La seule respiration qui soit efficace est celle qui apaise. 

Pour se faire, il suffit de :

  • se relâcher: s’installer confortablement (lit, sofa, fauteuil rembourré) , et après deux respirations profondes avec le ventre, fermer les yeux.
    • Commencer par détendre les muscles du visage en relâchant toute tension qui crispe le front, les paupières, les joues, les mâchoires.
    • Continuer sur les muscles du cou, de la nuque, des épaules, des bras, des avant-bras, des mains, des doigts.
    • Poursuivre la détente du dos, des omoplates, de la colonne vertébrale, les lombaires.
    • Relâcher aussi la poitrine et l’abdomen, 

A ce stade, vous devez sentir votre coeur battre calmement.

Pendant cet exercice, prenez bien conscience de votre respiration abdominale. Effectuez de longues et lentes expirations en sentant votre ventre se creuser, puis se gonfler tout naturellement en inspirant profondément. Vous êtes là en principe à l’apogée de votre concentration, un état de flottement serein vous indique que vous pouvez communiquer librement avec votre conscience, ou bien encore que vous pouvez profiter pleinement de votre état de grâce en savourant la détente dans l’instant. Ne cherchez pas à maîtriser les pensées qui vous inondent, laissez-les filer, elles ne font que passer; elles ne doivent laisser sur votre esprit aucune trace. Placez-vous symboliquement au-dessus d’elles pour les laisser glisser. Et savourez l’instant. C’est parfois à ce moment là qu’on peut aller loin au plus profond de soi en faisant tomber de nombreuses résistances et de nombreuses craintes. Ecoutez-vous, écoutez cette petite voix qui s’adresse à vous, vous l’entendez?…

Etape 4

Pour retrouver votre état de veille, inspirez plusieurs fois profondément. Bougez progressivement chaque extrêmité de votre corps, les doigts, puis les mains, les bras et ainsi de suite juqu’aux muscles du visage. Etirez-vous, contractez vos muscles, sentez-les vivre. Faites en sorte d’être en pleine possession de votre tonus musculaire avant d’ouvrir les yeux. Mentalement visualisez ensuite l’activité de la journée que vous devez enchaîner en vous répétant que vous êtes détendu et très efficace. Ouvrez les yeux. Vous venez de gagner quelques heures de sommeil! Vous êtes très calme au fond de vous et vous vous retrouvez en pleine possession de vos moyens intellectuels.

Si en théorie, vous êtes en partie conquis(e), passez à la pratique pour être définitivement convaincu(e) ! La méthode viendra progressivement et puis très vite, vous remarquerez que la solitude ne sera plus un problème auquel il faut apporter une solution, mais bien au contraire, la récompense quotidienne à tous vos efforts entrepris par ailleurs. 

Je finis en vous laissant méditer sur cette citation de Jacqueline Kellen:

 “le 1er fruit de la solitude est de se découvrir unique, irremplaçable et de grand prix. Quand il se connait, le solitaire n’a pas besoin de l’approbation permanente du regard d’autrui”. 

Et si c’était là une des composantes du bonheur? 

Bonne détente, heureuse relaxation, et bienfaisantes retrouvailles avec vous-même.

Karine MICARD

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