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LES COQUELICOTS DE MONET

  |   L’Art et la solitude, Portraits du mois   |   Pas de commentaire

Les coquelicots

 

De Claude Monet- 1873

 

Cette petite huile sur toile (65cmx50cm), qui a participé en 1874 à la première exposition impressionniste organisée dans des locaux du photographe Nadar à Paris, nous présente une campagne vallonée près d’Argenteuil où habite le peintre alors. De nombreux coquelicots parsèment une grande étendue d’herbages qui ondulent sous un vent estival; deux promeneuses accompagnées d’un enfant chacune le traversent de part en part; simple scène de vie innocente ou gros plan sur un moment de solitude constructive?

 

Monet culmine là dans son art de la tonalité réaliste: sur un des thèmes favoris des impressionnistes, le champ – qui permet d’infinies modulations de nuances-, il réussit à poser sur la prairie ce velouté particulier du début de l’été, par une exacte tonalité beige et blanche expressément étudiée. Au-delà du simple exercice de style pictural de notre impressionniste, nous saisissons ici un message sous-jacent intéressant à développer:

 

Si on se plait à penser qu’il s’agit de mères accompagnant leur enfant à la promenade, elles flânent chacune en observant l’horizon sans qu’aucune ne pose les yeux sur son petit. L’un aux cotés de sa maman regarde dans une direction opposée tandis que l’autre suit les pas de la sienne, fixant fièrement un bouquet de coquelicots qu’il a sûrement cueillis pour elle et qu’il tient dans ses petites mains. Les mamans respectives, peut-être amies ou parentes dans la vie, observent une distance physique certaine l’une vis-à-vis de l’autre, et semblent perdues chacune dans leurs pensées. Un peu comme si la promenade du moment était propice à des réflexions personnelles sur leur vie de femme? Ces personnages en effet paraissent saisir l’opportunité d’une promenade en famille pour glâner des possibilités de retrouvailles avec soi-même…les babillages ou les chants de leur enfant accompagnent sans doute joyeusement leur quiétude du moment. Un joli parallèle se présente alors à nos yeux: ces deux femmes ont une part d’elle-même dans la réalité de leur vie (leur rôle de mère), et une autre dans une dimension plus céleste (leur rôle d’individu), à bien y regarder, un peu comme ce tableau partagé à moitié entre la prairie et le ciel…Une dichotomie tout à fait complémentaire pourtant puisque le tout apporte une impression d’harmonie esthétique. Une harmonie dont on s’approche lorsqu’on sait préserver des moments d’autonomie dans une ambiance familiale…Le silence qui accompagne cette scène a son éloquence, il témoigne d’une douce solitude sereine. Peut-être Monet ne s’est-il jamais douté qu’un jour nous pourrions établir une interprétation aussi personnelle de sa toile, elle est celle d’une maman qui s’apprête, la veille des grandes vacances scolaires, à organiser pour son enfant de longues promenades estivales champêtres avec le souci de préserver son identité de femme…

Karine TUZET

 

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