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LA MARCHE…pour se retrouver soi-même, ça marche!

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C’est le printemps, il fait de plus en plus beau, les chants des oiseaux nous réveillent, les terrasses des cafés abondent, les gens sont plus aimables, la vie est beaucoup plus jolie. Savez-vous que pratiquer la marche vous procurera des bienfaits multiples, tant physiques que spirituels? Par spirituel, je n’introduis aucune notion religieuse, non. Notre profession de foi dans ce magazine est de vous aider chaque fois un peu plus à en apprendre sur vous-même.  Ce mois-ci, la marche est une des méthodes les plus ancestrales qui soit pour y parvenir!

 

 

La marche, en effet, est une façon douce de soigner son corps tout en reposant son esprit. Que ce soit en avançant vers un objectif qu’on s’est fixé ou, au contraire, en se laissant guider par sa seule intuition, le plus important est de trouver son propre rythme, et de marcher à son pas. Les coachs sportifs préconisent au moins 10000 pas par jour pour que ce soit un minimum efficace physiquement, soit une à deux heures quotidiennes…À condition de morceler ce défi, avec un peu d’astuce, on peut parfaitement y arriver: allons à pieds chercher notre pain, plutôt qu’avoir le réflexe “voiture”, descendons une station de métro avant notre lieu de travail, marchons chez soi tout en téléphonant, et nous aurons le sentiment d’un accomplissement  physique bénéfique pour notre corps. Mais pour atteindre le bien-être mental et spirituel auquel nous souhaitons vous familiariser, il faut marcher de façon constante sur deux ou trois heures au moins…

 

Si la marche n’est plus au coeur des modes de transport quotidiens, elle triomphe étonnamment comme activité de loisir le week-end. Car marcher ne nécessite aucune connaissance ni équipement particuliers.; il est le sport le plus naturel qui soit!  La marche est excellente pour aider à perdre du poids, et à repousser visiblement les limites de la jeunesse (coeur plus jeune, risques d’infarctus diminués, capacités pulmonaires décuplées, rôle préventif dans l’apparition de l’ostéoporose, corps ferme et souple).

 

Mais surtout, marcher est synonyme de liberté, de détente et de bien-être.
 
Car marcher, c’est apprendre à s’atteindre soi-même et comme le dit l’écrivain Jacques Lanzmann, “marcher, c’est retrouver son instinct primitif, sa place et sa vraie position, son équilibre mental et physique.” Car à cet instant, tous les barrages qu’on s’érige en protection au quotidien cèdent les uns après les autres et nous mettent à nu face à nous-même avec aucune autre alternative qu’apprendre à s’écouter soi-même .
 
Il paraît que marcher préserve de la folie et du mal. Henry D. Thoreau écrit: «Je ne puis conserver ma santé et mes esprits si je ne passe pas au minimum quatre heures par jour à flâner par les bois, les collines et les champs, entièrement dégagé de toute préoccupation matérielle.» Rousseau, qui, se remémorant un périple de jeunesse à Turin, confie:: «Jamais je n’ai tant pensé, tant existé, tant vécu, tant été moi, si j’ose ainsi dire, que dans les périples que j’ai faits seul et à pied.» David le Breton, anthropologue, les recense tous ces adorateurs de la marche, dans son livre “Eloge de la marche “ aux éditions Métailié.
 
Il  explique point par point  en quoi la marche s’institue comme une source de bienfait absolu et comme une des techniques de connaissance de soi les plus élémentaires:
 
* Quand on marche assez longuement sur un parcours de deux ou trois heures, on abandonne toutes les contraintes de la vie quotidienne, car on se delivre du stress de l’urgence et du rendement.. On retrouve naturellement le temps de vivre, et on est par là-même plus disponible à  ce qui vient à nous.

 

* Tous les sens sont sollicités: on hume, on touche, on sent, on regarde, on écoute les bruits environnants…On a le sentiment de réintégrer véritablement notre enveloppe charnelle et on sent monter la fatigue physique comme une fatigue heureuse qui nous entraînerait chaque fois un peu plus vers un émerveillement de l’instant présent: s’allonger dans l’herbe, boire au ruisseau, se baigner dans une rivière etc…

 

* On voit nos plaisirs élémentaires décuplés: on a faim et soif, on savoure notre pique-nique, on déguste notre eau. On mange avec appétit, l’esprit tranquille.

 

* Dans ce sens, le corps est en éveil, et marcher est un retour à une forme de sacralité (sans notion de religion) qui mobilise chacun dans ce qu’il a de plus intime, . Marcher nous renvoie en profondeur à nous-même. On se retrouve dans un interminable dialogue intérieur où les souvenirs reveillés par les sens olfactif, auditif ou visuel affluent en masse pour mieux nous rappeler ce qu’on a vécu, ce qu’on vit et ce qu’on vivra: des visages reviennent, des mots, des situations, notre enfance, notre jeunesse, nos interrogations. L’émotion vous saisit à la vue de certains paysages, ou à l’évocation de certains souvenirs. Le corps et l’esprit se rejoignent.

 

* La marche élague, et remet les choses en place. En marchant, on trouve souvent des solutions à ses problèmes, et on peut prendre des décisions radicales qui changent la vie.

 

Sachant que le bienfait de la marche se fait sentir sur la durée, il faut commencer par 2 ou 3 km au depart en s’assurant qu’on dispose de bonnes chaussures, bonnes chaussettes, un pique-nique, une bouteille d’eau, des fruits secs, un pull, et un vêtement de pluie, le tout dans un sac à dos.

 

L’écrivain-voyageur Bernard Ollivier propose quant à lui la marche comme ne possibilité offerte aux délinquents de se réinsérer socialement! Il a créé l’association le Seuil (www.assoseuil.org), avec la théorie suivante:
 
“ La marche ramène les adolescents déboussolés à des valeurs un peu oubliées: le goût de l’effort, le plaisir et la richesse de la rencontre, la découverte d’autres cultures, d’autres manières de penser et un peu de solitude constructive”. Et là, tout est dit. Dans la solitude, on peut apprendre à  se reconstruire après une période où l’on se serait perdu de vue. Il ajoute: “Un voyage vous éclaire en ce sens qu’il rétablit la priorité de l’être sur l’avoir et qu’il gomme toute velléité de paraître. Ceux qui reviennent d’un long périple ne sont sans doute pas différents, ils sont plus vrais”.
 
Là, nous parlons de randonnées de longue haleine, comme celles entamées sur les chemins de compostelle, pélérinage au terme duquel, bien plus que St-Jacques, c’est une partie d’eux-même  que les randonneurs souhaitent trouver véritablement.

 

À une autre échelle, en profitant de petits week-ends tranquilles, on peut s’initier à la marche : doucement au départ, puis progressivement, et de plus en plus loin. Sans compter que suivant le principe socratique que l’on affectionne tant dans ce magazine (le fameux connais-toi toi-même pour mieux aller vers les autres), la marche se présente aussi comme un fabuleux moyen d’entrer naturellement en contact avec les autres. Que ce soit avec le promeneur qu’on croise ou l’habitant d’une contrée qu’on méconnait, il est plus aisé d’entrer en contact avec lui , l’air dégagé de tout souci et affable, plutôt que dans sa course effrénée du quotidien, le portable vissé aux oreilles, non? Et nous atteignons là un JE_NOUS thérapeutique  formidable (jeu de mot inventé par la psychothérapeute Marie-Laure Besançon), une invitation supplémaentaire à une unité à retrouver absolument en soi.

 

Et si vous vous y mettiez dès ce week-end? Ça marche?

 

Karine TUZET

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