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sexualité : APHRODISIAQUES, MYTHE OU REALITE ?

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APHRODISIAQUES, MYTHE OU REALITÉ ?

La montée en puissance de toutes sortes de remèdes censés redonner vigueur et tonus à l’organe vital de nos mâles est plus que révélatrice de tous nos phantasmes humains. Et si on avait tout faux  ? Remise des pendules à l’heure avec le Docteur Jacques Waynberg.

M. V : Existe t-il aujourd’hui des produits naturels ayant un réel pouvoir sur la libido ?

J. W : La question de la stimulation de la sexualité est depuis la nuit des temps un sujet d’actualité ! Et ne nous leurrons pas, la sexualité humaine est bien plus faible que celle des singes … Que doit-on attendre d’un aphrodisiaque ? C’est un dopant dont on attend une stimulation un peu exagérée de toutes les fonctions impliquées dans la sexualité : le désir, les motivations et les réponses sensorielles comme un renforcement de l’érection, du désir féminin, un accès à l’orgasme facilité chez l’homme et chez la femme. Notez que l’on commence à peine à considérer que les femmes ont, elles aussi, besoin d’aphrodisiaques alors que pendant longtemps ce concept n’était que masculin. Ce qui est une abérration car les ethnologues nous ont toujours dit que les femmes, entre elles, avaient et échangeaient plein de secrets pour augmenter leur fertilité d’abord et du même coup pour augmenter la rentabilité de leur sexualité. Les produits naturels n’ont pas eu la chance d’être tous reconnus ou validés notamment au niveau de leur toxicité. Aujourd’hui on ne peut pas répondre aux exigences de santé publique qui font passer un produit naturel des officines rurales à la pharmacie. En Occident ces exigences ne rendent pas si facile que cela le passage de la tradition à la pharmacie…

M. V : Cela signifie t-il qu’on ne limite plus l’usage des aphrodisiaques à l’homme ?

J. W : Soyons clairs. Jusqu’à maintenant les aphrodisiaques, dans leur histoire, n’ont absolument pas tenu compte des femmes. L’aphrodisiaque est un produit censé vaincre l’impuissance, l’arrière pensée étant de vaincre l’infertilité. Nous avons une vision tout à fait absurde de l’histoire de la sexualité en Occident  pour la bonne raison que nous l’abordons sous un jour humaniste qui est une approche libertaire philosophiquement correcte mais historiquement idiote. Le véritable objectif, depuis plus de 40 000  ans que la sexualité existe, c’est la procréation. L’histoire de l’aphrodisiaque colle à la peau de l’obsession de la survie du couple humain. Il n’existe aucune religion qui inscrive la sexualité au terme de ses tabous. Leur tabou c’est le plaisir qui n’entre pas en jeu lorsqu’il s’agit pour une femme de tomber enceinte. Si toutes les femmes qui ont enfanté depuis des millénaires avaient dû jouir pour y parvenir, toute l’humanité disparaissait ! Mais on ne rigole pas avec la fertilité.

M. V : Mais la fertilité est bien du domaine féminin ?

J. W : Vous souriez mais savez-vous qu’il a fallu très longtemps avant que l’Occident ne reprenne les travaux des Chinois et des Arabes en ce qui concerne la compréhension de la fertilité féminine qui est un tout énigmatiques. En revanche, nous avons compris très tôt il y a 25 000 ans –on en a la trace sur les parois des grottes préhistoriques- que quelque chose de visible existait du côté masculin, l’érection, que beaucoup d’hommes n’arrivaient pas à bander et qu’il fallait trouver une solution. Non pas pour le plaisir ni pour satisfaire Madame Cromagnon, mais tout simplement pour assurer la survie. A l’époque, 1 enfant sur 10 arrivait à l’âge de 10 ans. Une femme sur 5 mourrait à 20 ans lors de son deuxième accouchement. Nous avons complètement perdu le sens de l’histoire. Nous vivons dans une société imbécile qui a la vanité de croire que nos convictions d’aujourd’hui seront éternelles…

M. V : Certes, mais nous vivons au 20e siècle et l’aphrodisiaque est surtout synonyme de plaisir ?

J. W : Il est aussi synonyme de performance. La notion de plaisir surnage en cohérence avec tout ce qui est véhiculé par les médias en matière de corps, de plaisir mais il est aussi beaucoup question de performance. Prenons deux exemples : les problèmes liés à l’instabilité de l’érection et donc aux aphrodisiaques chimiques d’aujourd’hui dont le Viagra a inauguré la catégorie, et les performances de l’orgasme caricaturées par la question du point G et des traitements gynécologiques pour en augmenter la réceptivité !

M. V : Quels sont donc les vrais aphrodisiaque ?

J. W : Toute la difficulté est de savoir quoi utiliser. Jusqu’à un passé très récent nous n’avions que peu de choses en Occident. D’abord pour la bonne raison que la religion était là pour nous rappeler qu’on ne s’amuse pas avec la sexualité. Ensuite, nous n’avons pas, pour des raisons géographiques et écologiques, de plantes qui ont des effets de niveau, dirons-nous, mental. Mais on a pu observer depuis longtemps l’effet de l’alcool. A dose modérée on a remarqué son effet désinhibiteur qui permettait d’aller un peu plus loin dans sa désobéissance religieuse ou civique. L’alcool consommé raisonnablement, ne joue aucun rôle néfaste au niveau de l’érection.

M. V : Pour ce qui est de la phytothérapie…

J. W : On peut présenter les plantes sous deux grandes familles : celles utilisées dans des cérémonies psychédéliques et celles totalement inconnues dont on ne mesure jamais la qualité.Les plantes, il faut savoir où elles poussent, comment elles se reproduisent, qui les cueille, les emballe, les protège, les expédie. Avant qu’elles n’arrivent sur votre chevet, plus de vingt cinq intermédiaires compétents les ont manipulées. J’ai été formé à la phytothérapie, au début de ma carrière de sexologue, par les Américains. En relation avec l’INSERM et la Fondation de France, j’avais formé un petit groupe de recherche en Guyane. Puis je me suis rendu plusieurs fois au Brésil pour rencontrer des Indiens qui vendent depuis la nuit des temps, une plante appelée Muira Puama. En langage populaire, ce nom signifie « bois-bandé ». Une expression créole bien connue, importée des Antilles où il existe un autre arbuste appelé par les locaux bois-bandé  mais qui, lui, n’est pas exploitable puisque toxique. Par contre, notre Muira Puama est un arbuste réputé pour son action bénéfique sur la sexualité masculine et que les botanistes (R.Albino Dias Da Silva, 1935 – H. Kleesttel, 1982) désignent sous le nom de Ptychopetalum olacoides de la famille des Olacaceae. La composition chimique de l’extrait d’écorce et de racines est étudié par de nombreuses équipes scientifiques qui ont identifié des esters stéroïques et des esters d’acides gras considérés comme bénéfiques pour l’eutonie de l’appareil génital et du système nerveux central. C’est la plante qui à mes yeux représente le moyen terme le plus intéressant et sérieux au niveau cueillette, transport, transformation, normes de sécurité. Au Brésil, cette plante entre dans la composition de nombreuses préparations pharmaceutiques et parapharmacentiques.

M. V : Qu’en est-il pour la France ?

J. W : Depuis 1995, l’intrusion de l’industrie pharmaceutique dans ce secteur a gauchi la notion d’aphrodisiaque puisqu’on en masque l’identité. Le Viagra est un aphrodisiaque, la laboratoire ne veut pas entendre parler de ce mot. C’est un vrai médicament puisque prescrit par les médecins, mais c’est un faux médicament car l’impuissant n’est pas quelqu’un de malade ! Ce qui est grave c’est qu’aujourd’hui n’a droit de cité que l’aphrodisiaque pharmaceutique ou alors sous le manteau quelques vagues produits exotiques mais qui ne sont pas validés. Toutes les études que j’ai pu faire à ce sujet sont d’ailleurs restées lettres mortes…

Le Docteur Jacques Waynberg, Docteur en Médecin, médecin légiste et criminologue, diplômé des la Fondation Masters et Jonhson et de l’Institut Kinsey aux Etats-Unis, est l’un des fondateurs de la sexologie française contemporaine. Directeur du Diplôme Universitaire « Sexologie et santé publique » il est attaché à la Faculté de Médecine Lariboisière Saint-Louis. Il est également consultant auprès de l’Organisation Mondiale de la Santé pour les questions de population et d’éducation sexuelle.

Martine Vial

Sexologie-fr.com

waynberg@club.fr

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