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“Le Lac” d’Alphonse de Lamartine (1790-1869)

  |   L’Art et la solitude   |   Pas de commentaire

En cette période de St Valentin, l’amour de votre vie n’est plus ?

 Qu’il vous ait annoncé son intention de vous quitter, ou bien que ce soit vous-même qui ayez décidé de rompre, ou hélas qu’il soit décédé, vous vous situez dans la même prédisposition d’esprit qu’Alphonse de Lamartine au moment où il a écrit son recueil “Méditations poétiques” (publié en 1820), dont le poème immortel “le Lac” est extrait…et parce qu’il est bon dans ces moments là de laisser s’épancher son coeur, gageons que la lecture de quelques extraits de ce poème ait un effet momentanément catharctique sur votre âme.

 

La genèse du poème

 

“Le Lac” s’inscrit comme le plus célèbre poème de son auteur.

Lamartine se souvient de la femme aimée, Julie Charles, décédée de phtisie la même année. Il se trouve en 1817 près du lac du Bourget à Aix les Bains en Savoie, un lieu qui lui est cher puisqu’il a été le témoin de ses amours l’année précédente.  Lorsqu’il y revient sans la femme aimée, il subit douloureusement la fuite du temps.

Ce poème fut écrit sur place , sous le choc de la mort de cette femme qu’il devait revoir à cet instant, sur la colline de Tresserve qui domine le lac.

 

L’oeuvre, composée de 16 quatrains, rencontre un grand succès et propulse son auteur au premier rang de la poésie romantique.

 

L’anecdote

 

“Ô temps, suspends ton vol”, se trouve dans la dernière strophe du poème “Ode sur le temps” du poète du 18ème siècle Antoine Léonard Thomas! Couronné par le prix de la poésie de l’Académie française en 1762, ce poète n’est demeuré célèbre que pour avoir été plagié 60 ans plus tard par Lamartine!

 

Le message implicite

 lac

Le poète demande au lac de lui restituer fidèlement le souvenir des amours passées.  Il se rend cependant compte que seul le souvenir peut conserver la trace des amours vécues, pas les lieux.

 

 

L’Analyse de l’oeuvre:

Une “esthétique du sanglot”

(poème livré livré ici sous quelques extraits seulement)

Les “Méditations poétiques” développent le thème de la solitude et de la mélancolie;

La nature, écho à l’émotion permanente du poète, chante l’amour et la fuite du temps. Le cadre du poème reste très fidèle aux romantiques. La nature toujours, est source d’inspiration.

 

“Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,

Dans la nuit éternelle emportée sans retour,

Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges

Jeter l’ancre un seul jour?

 

L’expression des sentiments personnels et intimes étaient encore inédites au moment de l’écriture de ce poème;  Lamartine a personnifié la poésie lyrique du moi, ce chant de l’âme qu’il définit comme “le soulagement d’un coeur qui se berce de ses propres sanglots”

Ô lac, l’année  à peine a fini a carrière:

Et près des flots chéris qu’elle devait  revoir,

Regarde! Je viens seul m’asseoir sur cette Pierre

Où tu la vis s’asseoir!

Les sentiments sont d’abord l’inquiétude, puis le poète célèbre l’Amour, traduit son angoisse vis-à-vis de la fuite du temps et enfin se plaint.

(…)

Tout à coup es accents inconnus à la terre

Du rivage charmé frappèrent les échos

Le flot fut attentive, et la voix qui m’est chère

Laissa tomber ces mots:

Ô temps suspends ton vol! Et vous, heures propices,

Suspendez votre cours!

Laissez-nous savourer les rapides délices

Des plus beaux de nos jours

(…)

Lamartine émet aussi une constatation face à l’impuissance d’un temps qui ravit tout, aussi bien le bonheur que l’être aimé.

D’où la nécessité de vivre dans le “ici et maintenant”:

Aimons donc, aimons donc! De l’heure fugitive,

Hâtons-nous, jouissons!

L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive;

Il coule, et nous passons

(…)

Eternité, néant, passé, sombres abîmes

Que faites-vous des jours que vous engloutissez?

Parlez-nous, rendrez-vous ces extases sublimes

Que vous nous ravissez?

 

Ce poème possède tous les ingrédients d’un registre lyrique classique sur un mode élégiaque: l’amour brisé ravivé par le souvenir, la fuite inexorable du temps, les élans de l’âme et du coeur, la plainte et la prière du poète.

 

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,

Que les parfums légers de ton air embaumé

Que tout ce qu’on entend, l’on voit ou l’on respire

Tout dise: ils ont aimé!

Le poète traduit au final l’angoisse de ne pas voir s’inscrire dans les éléments de la nature les marques passionnelles d’une histoire d’amour avortée mais tellement présente encore dans son coeur.

 

C’est plus loin dans son recueil, au poème intitulé “Isolement” qui reprend le thème de la nature témoin des grands sentiments, que l’on retrouve ce vers mythique cité tant de fois dans les moments les plus désespérés de notre vie:

“Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,

Vains objets dont pour moi le charme est envolé?

Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,

Un seul être vous manque et tout est dépeuplé”

 

Là, le fin mot est dit: la nature ne sert que de support à l’envolée des sentiments extatiques; une fois que l’objet de l’amour n’est plus, cette même nature perd tous ses attributs.

 

 

Si vous retrouvez, au travers de ce poème, quelques resemblances avec votre vécu, n’oubliez pas que la vie reserve très souvent de belles surprises et que ces moments de vie, lourds de solitude, sont aussi là pour vous aider à aller vers un avenir meilleur. Il faut savoir que le temps vous aidera à faire le deuil de cet abandon soudain et qu’un jour, trlle la nature, vous renaitrez aux beautés de la vie.

 

Karine TUZET.

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